Particularités de la 3e vague de la pandémie à COVID-19 en Afrique sub-Saharienne, cas de la République Démocratique du Congo comme exemple

Auteurs

  • Professeur Dr Jean Robert Rissassy Makulo, MD, Ph D Cliniques Universitaires, Université de Kinshasa, Kinshasa, R D Congo

DOI :

https://doi.org/10.4314/aam.v14i4.1

Résumé

Au cours d’une épidémie, une vague correspond à un ou plusieurs pics du nombre d’infections. Elle peut aussi désigner la répétition des cycles épidémiques. Selon de nombreux experts, les vagues répétitives représentent la norme en épidémiologie des infections virales ; c’est le développement des vaccins ou des médicaments curatifs efficaces qui peut à terme, casser ces cycles.

Partant de premiers cas signalés à Wuhan en Chine, en décembre 2019, la pandémie de l’infection à “SARS-CoV-2 et la maladie subséquente appelée "coronavirus disease 2019" (COVID-19) connait déjà 3 vagues ayant touché tous les continents. Certains pays notamment en Europe redoutent même d’entrer dans la quatrième vague. En Afrique sub-Saharienne (ASS), après une première vague (mars, avril, mai et juin 2020) et une deuxième vague (novembre, décembre 2020 et janvier 2021), c’est en mai 2021 que l’organisation mondiale de la santé (OMS) avait de nouveau lancé l’alerte suite à la recrudescence du nombre des cas de COVID-19 en ASS. En RD Congo, c’est le 3 juin 2021 que le gouvernement annonça officiellement l’entrée du pays dans la troisième vague avec la ville de Kinshasa comme épicentre de la pandémie.

Lors de deux premières vagues, plusieurs observateurs ont qualifié de paradoxe, la situation des pays d’ASS. Considérant le déni de la maladie et le non-respect des gestes barrières par une grande partie de la population, la faiblesse des systèmes de santé, la quasi-absence de services de réanimation équipés, le nombre limité de personnels soignants qualifiés et l’absence des unités de production d’oxygène, on était convaincu que l’ASS connaitrait une hécatombe. Cependant le continent le plus pauvre de la planète était aussi le moins touché tant en nombre de cas d’infections qu’en nombre de décès liés à la COVID-19. Parmi les rares pays qui avaient fait exception, il y’a le Nigeria et l'Afrique du Sud, les deux plus grandes puissances économiques du continent. Parmi les hypothèses pouvant expliquer cette relative protection de l’ASS, on évoque la jeunesse de sa population, le nombre limité des vols internationaux, l’environnement climatique relativement favorable et l’immunité croisée. Le rôle des facteurs génétiques n’a jusque-là pas été prouvé.

Bien avant l’éclosion de la troisième vague de la COVID-19 en RD Congo, l’actualité fut dominée par des lancements des campagnes de vaccination massives à travers le monde. Cette étape était qualifiée d’historique d’autant plus que c’est pratiquement la plus grande opération d'achat et de fourniture des vaccins de l'histoire de l’humanité. L’initiative "COVID-19 Vaccines Global Access" (Covax), avait l’objectif d'assurer une distribution équitable des vaccins contre la COVID-19 dans le monde entier, et la RD Congo s’était prononcée pour l’utilisation du vaccin AZD1222 (Astra Zeneca=Vaxzevria) qui répond aux conditions de conservation existantes dans le pays (entre 2°et 8°C). Très vite ce programme de vaccination connut des couacs. Suite au refus de la population et sur fond des polémiques autour des éventuels effets secondaires du vaccin (les thromboses en particulier), 1.300.000 doses de vaccins avaient été redistribuées dans d’autres pays. Sur les 400.000 doses restantes, une bonne partie de vaccins a été détruite pour motif de non-utilisation avant la date de péremption. A ce jour, toutes les 26 provinces du pays sont touchées par la COVID-19 et la campagne de vaccination a été momentanément suspendue.

La troisième vague de la COVID-19 a ainsi trouvé un terrain balisé par plusieurs facteurs conjugués tels que la non fermeture des frontières nationales et des aéroports internationaux, la lassitude et le déni de la maladie, la mixité sociale, l’utilisation inefficace des mesures de santé publique, l’échec de la vaccination, etc. Cette vague est en grande partie liée au variant Delta du SARS-CoV2 déjà détecté dans 124 pays dont la RD Congo. Le niveau du R0 (le nombre moyen de patients qu'une personne contagieuse peut infecter) du virus SARS-CoV-2 historique est estimé à 3 ; celui du variant Alpha à environ 4,5 et celui du variant Delta à environ 6,6 (en l'absence de mesures barrières dont la vaccination). La virulence et le potentiel d'échappement immunitaire de ce variant font pour l'instant l'objet de nombreuses études, parfois contradictoires. La plupart d’entre elles suggèrent une efficacité moindre des vaccins contre ce variant. D’autres rapportent qu’avoir déjà contracté la COVID-19 ne constituerait pas une garantie contre une réinfection par ce variant. En effet, les anticorps produits à l’occasion d’une première infection par le variant Alpha conféreraient une bonne protection contre tous les variants, mais ceux développés à la suite d’une infection par les variants Beta ou Gamma sembleraient moins efficaces en cas d’exposition au variant Delta.

Par rapport aux deux vagues précédentes, la troisième présente une cinétique particulière : la circulation du virus s’est accélérée au cours du mois de mai 2021 dans la ville de Kinshasa, avec un nombre de personnes hospitalisées au mois de juin supérieur aux pics précédents. Vers mi-juillet 2021, le nombre de cas a commencé à baisser au moment où certaines provinces du pays, notamment celles de l’est, connaissent une flambée de cas. Si les hommes restent toujours plus touchés par rapport aux femmes, la fréquence des tranches d’âges plus jeunes semble augmenter. Comme lors de deux vagues précédentes, on ne semble pas observer une mortalité aussi élevée que celle décrite dans d’autres continents où le variant Delta circule. Les statistiques officielles de décès cumulés publiées par le secrétariat technique national de la riposte contre la COVID-19 renseignent une létalité de 2,1 %. Celle-ci est en baisse continue depuis la première vague. Une meilleure préparation des équipes soignantes, la référence plus précoce des patients et un renforcement des plateaux techniques des hôpitaux expliquent en partie ces résultats, même si des cas documentés de décès communautaires sans dépistage systématique de la COVID-19, peuvent biaiser les statistiques.

Même si l’ASS semble toujours mieux résister à la COVID-19, la prudence devra être de mise face à ce nouveau virus. Le recul de deux dernières années ayant montré que peu de cas vaccinés ont présenté des formes sévères de la COVID-19, il sied de reconnaitre qu’à ce jour, le meilleur moyen pour parvenir à l’immunité collective de la population reste la vaccination nonobstant quelques rares effets indésirables chez certains sujets. "Parfois, le germe mute et devient plus dangereux lors d‘une vague d’épidémie ; cependant plus le pathogène tue les humains, moins il se répand", disait Laurent-Henri Vignaud (historien des sciences à l’université de Bourgogne, France).

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Source : Cellule d’analyse, Secrétariat technique de la riposte contre la Covid-19, Ministère de la santé, RD Congo

 

Source : Cellumceclip1.pngle d’analyse, Secrétariat technique de la riposte contre la Covid-19, Ministère de la santé, RD Congo

Conflit d’intérêt

L’auteur déclare n’avoir aucun conflit d’intérêt.

Références

  1. Renuka Raman, Krishna J. Patel, Kishu Ranjan. COVID-19: Unmasking Emerging SARS-CoV-2 Variants, Vaccines and Therapeutic Strategies. Biomolecules 2021; 11(7): 993. DOI: 10.3390/biom11070993.
  2. Zeyaullah M, AlShahrani AM, Muzammil K, Ahmad I, Alam S, Khan WH, Razi Ahmad. COVID-19 and SARS-CoV-2 Variants: Current Challenges and Health Concern. Front Genet. 2021; 12: 693916. doi: 10.3389/fgene.2021.693916.

Biographie de l'auteur

Professeur Dr Jean Robert Rissassy Makulo, MD, Ph D, Cliniques Universitaires, Université de Kinshasa, Kinshasa, R D Congo

Médecin directeur

Département de Médecine interne

Cliniques Universitaires, Université de Kinshasa, Kinshasa, R D Congo

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Publiée

28.09.2021

Comment citer

Rissassy Makulo, J. R. . (2021). Particularités de la 3e vague de la pandémie à COVID-19 en Afrique sub-Saharienne, cas de la République Démocratique du Congo comme exemple. Annales Africaines De Médecine, 14(4). https://doi.org/10.4314/aam.v14i4.1